La triste histoire de Chris McCandless se situe à mi-chemin entre la colonne des faits divers et la mythologie américaine. En France, mourir de faim au fond des bois relève de l'exploit. Aux Etats-Unis, rien de plus facile. Surtout dans le quarante-neuvième d'entre eux, cet Alaska où le mot «sauvage» a encore un sens. C'est là, en 1992, qu'on retrouve le corps d'un garçon de vingt-deux ans, pesant moins de quarante kilos, au fond de son sac de couchage. Comment McCandless a-t-il péri? Pourquoi diable s'est-il aventuré dans des parages aussi hostiles sans vivres ni équipement adéquat? John Krakauer, dont l'existence fut elle aussi aventureuse, bâtit son récit comme une enquête policière. Grâce à une série de témoignages, il reconstitue les deux années d'errance d'un brillant étudiant de la côte Est qui abandonna sa famille et vagabonda entre le Mexique et le Dakota du Sud, avant de brûler ses derniers dollars et de s'enfoncer dans les solitudes frisquettes qui s'étendent au pied du mont McKinley. Plusieurs hypothèses ont été avancées: l'inconscience de la jeunesse, l'amour niais de la nature propre à certains citadins, ou encore la mode zen des expériences mystiques. Mais la réponse réside ailleurs, au fondement même de l'histoire du Nouveau Monde, dans les livres de Thoreau, Mark Twain, John Muir, Jack London. Or, chacun sait que les récits du Grand Nord se terminent mal, le plus souvent.